Après presque 1 an à voyager sans produire de déchets, voici venu le moment de vous partager nos impressions finales sur notre engagement. Notre regard a en effet évolué par rapport au début du voyage, et nous avons constaté plusieurs limites à la démarche zéro déchet.

1. la charge mentale

On ne va pas vous le cacher, mais les premiers mois ont été compliqués. Nous sommes devenus un peu parano, à scruter chaque petit bout de papier pour s’assurer de sa recyclabilité, à s’en vouloir si un déchet finissait dans la banane.
Heureusement nous avons pu nous détendre progressivement, jusqu’à savoir relativiser et accepter de ne pas être parfait (niveau déchet on entend !).

Cela dit, notre expérience poussée à l’extrême sur les déchets, nous fait nous rendre compte de la charge mentale supportée par beaucoup dans leur quotidien. D’autant que cette charge repose trop souvent sur les épaules des femmes qui s’occupent en grande partie des tâches domestiques au sein du foyer.

2. les petits gestes individuels

Cette culpabilité mise sur le dos des « consommateurs » ne doit pas nous faire oublier que le problème émane de plus haut : industries polluantes, entreprises produisant des quantités faramineuses d’emballages, gouvernements et lois peu ambitieuses sur l’obsolescence programmée ou le réemploi, …

En bref, oui, nous avons tous à « faire notre part » qu’il s’agisse d’alimentation bio, de zéro déchet ou de mode éthique. Mais nous manquons la cible en s’en prenant trop à nous-mêmes et en croyant que c’est l’unique façon de faire bouger les lignes. Cette écologie centrée sur l’individu freine la portée de nos actions qui gagneraient à être collectives.

Dans un rapport de 2019, le cabinet de conseil Carbone 4 a déterminé l’impact des actions individuelles sur les émissions de gaz à effet de serre : les petits gestes (être zéro déchet, manger local, végétarien,…) sont-ils la solution ? Ou au contraire, sont-ils complètement inefficaces ?

L’étude montre que les gestes individuels ne permettent pas de réduire assez les émissions de CO2eq pour contenir le dérèglement climatique. Attention, ils sont nécessaires ! Mais les entreprises et l’Etat doivent prendre des mesures radicales de décarbonisation. En clair, on doit se changer et changer de système.

3. La hiérarchisation des actions individuelles

Le zéro déchet vaut-il le coup ? Est-il si efficace qu’il mérite d’y donner toute son énergie ? En s’appuyant une nouvelle fois sur le rapport de Carbone 4, on apprend que la principale façon de réduire significativement son empreinte carbone est d’arrêter de manger des animaux. Vient ensuite la mobilité : se déplacer à vélo, arrêter de prendre l’avion (tiens tiens), … Le zéro déchet, entendu comme le fait de faire ses courses en vrac et de réduire ses déchets, arrive plus loin derrière.

 

Ayons donc en tête que ce n’est pas la manière la plus efficace de réduire notre impact carbone. Devenir végéta*ien a d’ailleurs été pour nous LA porte d’entrée dans l’écologie, car au delà de ces chiffres froids parlant de CO2, toutes les questions éthiques sur la vie des autres êtres vivants se sont imposées à nous.

Cette limite identifiée n’a pas pour but de discréditer le mouvement zéro déchet en le qualifiant d’inutile. C’est bien souvent le début d’une réflexion écologique autour de nos modes de vie. Mais ne passons à côté des problèmes structurels auxquels nous devons nous attaquer collectivement.

Pour finir

Centré sur nos petits gestes du quotidien, le zéro déchet est devenu un véritable phénomène de mode, un outil marketing. C’est là pour nous la principale limite du zéro déchet tel qu’il est montré et pensé aujourd’hui. De notre point de vue, le zéro déchet rime avec moins de gaspillage et une meilleure gestion des ressources (humaines et matérielles). Il peut et doit être le début d’une profonde remise en question de notre modèle de société insoutenable. Le nom même du mouvement « zéro déchet » est problématique car il focalise sur la réduction à néant de nos poubelles, en occultant l’importance d’autres démarchés anti-gaspi : l’achat d’occasion, la réparation, …

Alors que faire face à toutes ces injonctions contradictoires ? Par où commencer ? Ne rien changer ? S’impliquer au niveau collectif à travers des associations ? Quitter son emploi ? Aller aux manifs ?

La réponse appartient à chacun.e et elle est déterminée en connaissances de cause, en ayant conscience de ces/ses limites. Les petits gestes nous permettent d’ancrer nos actions, d’être en accord avec nos convictions, Cette sérénité nous met en confiance et nous donne la sensation d’être en contrôle. Utilisons donc cette confiance pour se tourner vers des modèles alternatifs de faire société.

Cet article a 3 commentaires

  1. J’avais trouvé l’article Carbone 4 très intéressant dans la démarche de réduction d’empreinte Carbone. Par contre je vous trouve un peu méchant quand à la démarche zéro déchet. Alors oui ca n’a qu’un faible impact sur l’empreinte carbone que nous produisons mais il provoque d’autres impacts importants ( Gestion de la ressource, pollution marine et terrestre … ).

    Même si je suis d’accord que le premier problème (avec ma conviction) est le dérèglement climatique. Le zéro déchet est maintenant aussi un vrai outil marketing. Réjouissons s’en ou si ça permet à des gens d’avoir de d’aller ensuite plus loin dans l’écologie.

    Bravo pour votre voyage et blog en tout cas.

  2. Bonjour,

    Pour défendre un peu le zéro déchet, je trouve que l’étude Carbone 4 n’est pas très carrée sur ce que « zéro déchet » veut dire. Elle considère que « zéro déchet = supprimer les emballages », alors que la démarche est bien plus vaste.

    Le zéro déchet c’est aussi le refus d’acheter neuf, qui est compté à part par Carbone 4 (d’un coté la colonne « moins de vêtements neufs », de l’autre la colonne « gros équipement d’occasion »).

    Sur le 2e schéma, si on additionne les 3 colonnes vertes, le zéro déchet représente une baisse de 0,47 t/CO2/pers/an. C’est toujours moins qu’arrêter la viande, mais ça devient la 2e façon de réduire son impact, devant le vélo.

    1. Bonjour Guillaume, tout a fait d’accord sur ce point ! C’est bien ce que nous précisons dans l’article : pour nous le zéro déchet est une démarche complète de réduction du gaspillage.
      De la même manière, pour la mobilité : se déplacer à vélo a « peu » d’impact, mais si l’on repense toute sa mobilité en ne prenant plus l’avion et en faisant du covoiturage, c’est beaucoup plus impactant.
      Bonne journée

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