On répond à vos questions concernant le voyage à bord d’un navire de marchandises. En effet au mois de juillet nous sommes montés à bord d’un porte-conteneurs pour traverser l’Atlantique et arriver au Canada. 

I) Qu'est-ce qu'un cargo ?

Un cargo est conçu pour transporter des marchandises, du fret. Chaque navire a un itinéraire précis, un peu comme une ligne de train : Europe – Amérique du Nord, Europe – Amérique du Sud, Amérique – Asie, …
Il s’arrête dans des ports pour décharger et charger des marchandises : conteneurs, voitures, camions, engins de chantiers, bateaux…
Pour la ligne que nous avons empruntée, les ports d’arrêts sont Hambourg (Allemagne), Anvers (Belgique), Liverpool (Angleterre), Halifax (Canada), New-York et Baltimore (États-unis).

II) Peut-il transporter des personnes ?

Oui, il peut, mais cela n’est pas automatique. Cela dépend du bateau et de sa compagnie.

III) Combien y a-t-il de personnes sur le bateau ?

Dans notre cas, nous étions 23 membres de l’équipage et 12 passagers. Au-delà de ce nombre de passagers, le bateau n’est plus considéré comme transportant des marchandises mais comme transportant des personnes (et d’autres régulations s’appliquent).

C’est beaucoup comparé à d’autres lignes et d’autres moments de l’année, où il peut n’y avoir que 1 ou 2 passagers.

IV) Comment réserver un cargo ?

Plusieurs agences de voyage organisent le transport de passagers à bord de ce type de navire. Elles sont en lien avec les compagnies qui affrètent les bateaux et gèrent toute la partie réservation et administrative. C’est donc à elle qu’il faut s’adresser, soit par internet, soit par téléphone.

En France, nous avons contacté Mer et Voyages et Catalina da Silva voyages. Leurs prix sont similaires. D’autres agences existent à l’étranger également.

V) Combien de temps à l'avance faut-il s'y prendre ?

On attaque le point noir de ce moyen de transport. Il faut s’y prendre au minimum 6 mois à l’avance pour espérer avoir une place. Les places sont chères – dans tous les sens du terme – et très prisées en période estivale. L’attente est sûrement moins longue hors saison.

Et attention, avoir une date de départ ne signifie que vous partirez le jour annoncé. Notre billet fixé au 19 juin a été repoussé au 26 juin, puis au 7 juillet. Des conditions météo très peu clémentes ou des problèmes techniques sur le bateau peuvent aisément retarder le départ. Il faut donc être très flexible et/ou réserver la suite de votre voyage (transport, hébergement, etc) au dernier moment. On vous le garantit, votre patience sera mise à rude épreuve avec ce mode de transport !

VI) Combien de temps dure la traversée de l'Atlantique Nord ?

En moyenne la traversée dure entre 10 et 14 jours depuis Anvers et Halifax. Le bateau se rend d’abord à Liverpool (2 jours de voyage) puis prend la direction ouest vers le Canada (il reste alors 8 à 10 jours de transport).

VII) Combien cela coûte ?

Tout dépend de votre itinéraire. En général, le prix est fixé en fonction du nombre de jours sur le bateau. Il varie entre 100 et 150€ par jour et par personne.

Pour Anvers – Halifax, nous avons déboursé 1100 € pour 11 jours de traversée. Il s’agit de l’itinéraire le moins cher pour traverser l’Atlantique.

VIII) Qu'inclut le prix du billet ?

3 repas par jour, une cabine équipée d’une douche et d’une toilette, l’accès aux différents équipements présents sur le bateau : salle de sport, sauna, espace détente avec jeux, livres, télévision …

Salle de détente

Bridge ou salle d’observation

IX) Comment se passent les repas ?

Un cuisinier prépare les repas, qui sont les mêmes pour l’équipage et les passagers. Selon le bateau et le nombre de passagers, les repas sont pris avec l’équipage ou avec les autres passagers.

Les repas sont très copieux et très carnés ! Néanmoins les cuisiniers peuvent s’adapter si vous avez un régime alimentaire particulier, ce qui a été notre cas.

XI) Le mal de mer, on en parle ?

On peut ! Chaque personne est plus ou moins sensible à une mer agitée. L’hiver il peut y avoir beaucoup de tempêtes dans l’Atlantique Nord, ça peut secouer ! Mais en mer, le temps change rapidement et des tempêtes peuvent aussi se déclarer l’été.

Le cargo est cependant très lourd et on sent beaucoup moins la houle que sur un voilier. Ce n’est donc pas la peur du mal de mer qui doit vous faire douter de faire la traversée ! Bien qu’étant peu amarinés, nous n’avons pas eu le mal de mer.

Quelques jours de tempête à bord de l’Atlantic Star

XII) Quel est l'impact environnemental du cargo ?

Le cargo est responsable d’une grande pollution atmosphérique. En brûlant du fioul lourd, il rejette des résidus de métaux mais surtout des oxydes de soufre (SOx) et d’azote (NOx). Les NOx et SOx accélèrent la formation de particules fines et dégradent la qualité de l’air, pouvant causer des maladies respiratoires et cardio-vasculaires pour les habitants des zones côtières et l’équipage…

Le bateau sur lequel nous étions consomme 75 tonnes de fioul lourd par jour pour faire avancer ses 56 000 tonnes et 1 générateur d’électricité de 2 MW alimenté en diesel fonctionne en permanence. C’est un monstre ! Un système de filtrations des particules est présent sur le cargo (construit en 2015) mais ce n’est pas le cas pour tous.

En terme de gaz à effet de serre, les émissions de CO2 de l’ensemble de l’industrie maritime représentent 3% des émissions mondiales et sont susceptibles d’augmenter fortement avec l’intensification des échanges mondiaux.

Le transport maritime a également un impact énorme sur la vie aquatique, de part la pollution sonore qui perturbe l’habitat de certaines espèces ou le risque de collision mortelle avec le navire.

Ce moyen de transport n’est donc pas propre. L’organisation maritime mondiale en est consciente et fait des efforts considérables pour réduire dès maintenant la teneur maximum en soufre autorisée et les émissions de gaz à effet de serre.

XIII) Comparé à l'avion, est-il plus ou moins polluant ?

En terme d’impact carbone par passager, le cargo pollue moins que l’avion. Cela ne veut pas dire qu’il est écologique pour autant (voir question XII) !

Dans notre article sur notre démarche zéro avion, nous détaillons la méthode utilisée pour calculer l’impact carbone du cargo. En résumé, elle repose sur le fait que le cargo transporte des marchandises, contrairement à l’avion qui transporte des personnes.

Emissions CO2eq par km

De plus, pour ce type de voyage longue distance, il est intéressant de montrer l’impact environnemental par heure de transport. Le cargo est alors bien moins polluant que le transport aérien !

Emissions CO2 par heure

XIV) Qu'apprend-on en voyageant en cargo ?

Dans les ports, cette expérience permet de se rendre compte de l’énormité du transport de marchandises à travers le monde. On se sent très petit face cette démesure, à ces containers et ces objets. Objets qui sont pourtant faits pour nous et répondent à nos « besoins » ! Marchandises stockées dans des conteneurs, acheminées en camion puis chargées sur le cargo par des grues dans un port qui s’étend sur des kilomètres, on prend aussi conscience de notre dépendance totale au pétrole.

Nous avons aimé pouvoir voir de nos propres yeux comment cela fonctionne et sommes plus conscients que jamais de l’impact de nos choix de consommation.

Dans le port d’Anvers, entre conteneurs, raffineries, éoliennes et centrales nucléaires

Concernant la traversée en elle-même, ce voyage fait la part belle à la patience et à la lenteur. Dans notre petite cabine, loin de la terre et de nos proches, nous sommes voilà ravis de mettre le pied en terre canadienne. La lenteur, la patience, la gratitude, sont des apprentissages oubliés dans notre présent ultra connecté et accéléré. Apprendre à s’ennuyer, à prendre du temps pour réfléchir et changer son regard sur la nature, c’est plus que vital !

Voyager sur l’eau permet aussi de remettre l’homme à sa place face aux éléments et milieux naturels. Sur le bateau lourd de 56 000 tonnes, nous ne sommes rien face à l’immensité de l’océan et à sa force spectaculaire.

XV) Qu'est-ce qui change après ce type de voyage ?

Le cargo nous a fait ouvrir les yeux sur beaucoup de choses. Oui c’est une alternative à l’avion qui permet d’aller loin, mais ce n’est pas tout vert pour autant. Et c’est important est d’en avoir conscience pour avancer et faire des choix cohérents par la suite.

Maintenant, nous avons hâte de faire la traversée retour en voilier et de montrer que c’est possible, même pour des débutants comme nous !

Le voyage en cargo est une aventure à part entière qui vaut la peine de faire une fois dans sa vie, pour en apprendre plus sur la mer, le vent, la météo, le temps, les distances et sur soi.

Concernant nos modes de consommation personnels, les mots ‘mesure’, ‘sobriété’ et ‘proximité’ nous viennent directement à l’esprit. Nous souhaitons que la suite du voyage intègre ces apprentissages pour vous proposer des solutions vraiment écologiques et inspirantes !

Cet article a 4 commentaires

  1. Merci les P’tits loups de mer pour cet article à la fois éclairant et inspirant.
    Longue et belle route à vous !
    Namasté gratitude 🙂

  2. très intéressant, cette réflexion sur le rapport au temps et aux éléments. C’est aussi ça le respect de l’environnement, prendre le temps de l’observer
    Hervé

  3. Merci pour l’article. Peut-on considérer, vu qu’on donne de l’argent à une compagnie de cargo, qu’on encourage cette pollution ? Donc que l’impact carbone augmente?

    1. Bonjour,
      Merci pour cette remarque intéressante. Ces compagnies transportent des marchandises. Elles dépendent essentiellement de celles-ci et pas des personnes qui veulent monter à bord. Le meilleur moyen pour ne pas encourager cette pollution est donc de moins consommer de biens venant d’autres continents (et c’est comme ça que l’impact carbone du transport maritime diminuera).
      Attention, nous ne disons pas pour autant que le voyage en cargo est écologique (loin de là).

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